« La précarité est le cancer de l'indépendance éditoriale »
- Par Aimé-Francis AMOUGOU
- 30 Dec 2025 10:41
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Pr. Fleur Nadine Ndjock épse Mvondo Mvondo, chef du Département des sciences et techniques de la communication, Université d’Ebolowa.
Les médias auront, une fois de plus, été au cœur de l’actualité en 2025. Quel regard jetez-vous sur cette abondante production, notamment autour de la présidentielle ?
L’année 2025 a consacré une « médiatisation de saturation ». L'abondance de la production a révélé une fracture nette : tandis que les médias classiques luttaient pour l'analyse, les réseaux sociaux imposaient une dictature de l'émotion. Nous avons observé une emprise algorithmique sans précédent où l'agenda politique a été captif de la viralité numérique. C’est le triomphe de l'hyper-réactivité sur la profondeur, un péril pour le débat démocratique que notre récent colloque a scientifiquement documenté.
Des dérives médiatiques continuent d’être relevées et sanctionnées à fréquence régulière par le Conseil national de la communication. Comment analysez-vous la démarche de régulation du CNC ?
Si le CNC a historiquement pratiqué la médiation, l’urgence électorale a imposé une posture « réactive et punitive ». Ce rôle de sentinelle est indispensable, mais il est devenu structurellement insuffisant face à la délinquance numérique. La régulation administrative classique est désarmée devant l’anonymat et l'instantanéité. Le CNC doit impérativement muter vers une « médiation augmentée » : un modèle capable d'interagir avec les plateformes en amont pour tarir la viralité des dérives avant qu'elles ne s'enkystent dans le corps social.
L’idée de la mise en place d’un organisme d’auto-régulation a été ressortie des tiroirs cette année par un syndicat de journalistes. Quelles chances de la voir prospérer ?
L’auto-régulation n'est pas une option, c’est le stade de maturité d'une profession responsable. Ce projet, porté par les syndicats, marque une volonté de réappropriation éthique. Mais pour qu'il prospère, deux conditions sont non-négociables : l'unité organique des corps de métier et une reconnaissance étatique stricte. L’enjeu est de créer un label de qualité souverain qui trace une frontière étanche entre le journaliste professionnel et l'activiste numérique.
Au-delà de la production des médias, il demeure que les entreprises de presse évoluent plus que jamais dans la précarité et s’exposent à toutes sortes de manipulations. Comment en sortir ?
La précarité est le cancer de l'indépendance éditoriale. On ne décrète pas l'éthique sur un terrain de famine économique. Il faut rompre avec la logique de la "subvention de survie" pour passer à une véritable fiscalité de développement média. Cela exige une restructuration du marché publicitaire et une migration urgente vers des modèles de monétisation numérique. Sortir ...
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