Livre : la raison, otage des croyances

Dans son dernier roman intitulé « Au nom de la tradition », Charles Le Grand Tchagnéno Téné raconte les péripéties d’une famille en proie à la superstition.

On ne cessera de le clamer, les apparences ne sont pas toujours ce que l’on voit ou croit voir. Charles Le Grand Tchagnéno Téné nous introduit dans l’intimité d’une lignée de forgerons respectée à Bameka dans l’Ouest du Cameroun. Son harmonie apparente fait la fierté du village. Mais derrière cette façade de réussite et de solidarité se cache une tendance systématique à la superstition. Ici, chaque promotion, chaque naissance ou chaque succès scolaire peut devenir le mobile de la décrépitude d’une famille. Celle de Mbè Sadeuh bascule dans l’effroi après la mort brutale de ce notable. Les siens sont dès lors plongés dans une spirale traumatique, illustrée par la né- vrose de Joséphine, sa nièce. Le récit se noue autour de la figure du frère aîné du défunt, Mbah, désormais gardien d’un héritage en péril. Il est condamné à naviguer entre les exi- gences de la modernité et les verdicts implacables des oracles. L’auteur dé- peint le poids des clivages qui aveuglent les familles dans l’incapacité de traiter un problème avec rationalité, tant le prisme des croyances est déformant. À travers une confrontation acharnée entre culture ancestrale et bon sens, le roman met à nu l’aveu- glement parfois collectif d’une société dans laquelle, comme le souligne le romancier, « ce ne sont pas les signes qui mentent, mais les hommes qui s’égarent dans l’interprétation des codes mystiques qui leur sont révé...

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