Echéances prochaines : L'ASMIBA pour une gouvernance réellement inclusive

l’Association des militants et battants pour les personnes vulnérables et celles en situation de handicap (ASMIBA-PVSH) a organisé une table ronde a Yaoundé ce 21 avril 2026.

 
À Yaoundé, sous l'ombre portée par des institutions de la République, une voix s'élève pour dénoncer une anomalie démocratique qui perdure. Alors que le Cameroun s’apprête à franchir de nouveaux caps électoraux, une frange majeure de sa population - plus de 15 % - reste confinée dans les coulisses de la décision publique. Ce 21 avril 2026, la table ronde organisée par l’Association des militants et battants pour les personnes vulnérables et celles en situation de handicap (ASMIBA-PVSH) à Yaoundé ne se veut pas être une simple réunion de plus. C'était un cri de ralliement, une exigence de justice portée par Tombi A Sanam Olivier, figure de proue de ce combat pour la dignité civique.
 
Un paradoxe juridique
Le constat dressé par les experts et les militants est sans appel : le Cameroun dispose d'un arsenal juridique pourtant protecteur. Entre la loi n°2010/002 du 13 avril 2010 et la ratification de la Convention des Nations Unies relative aux droits des personnes handicapées (CDPH), les textes affichent une volonté d'inclusion.
Pourtant, sur le terrain, le fossé est abyssal. « Le papier est patient, mais la réalité est cruelle », confie un membre de l'ASMIBA. Les chiffres présentés par le chercheur Tombi A Sanam Olivier en 2025 sont à cet égard glaçants : sur les 10 000 conseillers municipaux que compte le pays, seuls 12 vivent avec un handicap. Plus frappant encore, la jeunesse handicapée est totalement absente de ces instances, et les chambres hautes (Sénat) et basses (Assemblée Nationale) ne comptent aucun représentant issu de cette catégorie sociale.
 
Les barrières de « l’impossible civique »

Pourquoi une telle exclusion ? La table ronde identifie trois types de barrières :

Les barrières physiques : Des bureaux de vote situés à l'étage sans ascenseur, des urnes trop hautes, des bâtiments administratifs inaccessibles.

Les barrières sensorielles : L’absence quasi totale de bulletins de vote en braille pour les non-voyants et le manque criant d’interprètes en Langue des Signes Française (LSF) pour les sourds lors des campagnes électorales.

Le stigmate social : Une perception persistante qui voit encore le handicap comme une incapacité intellectuelle ou une malédiction, disqualifiant d’office des candidats pourtant brillants.

Une étude conjointe du MINAS et du PNUD révèle que 68 % des personnes handicapées n’ont jamais participé à une consultation électorale, non par désintérêt, mais par découragement face à un système qui semble avoir été conçu sans elles.
 
La table ronde :
L'événement de Yaoundé se structure autour d'une méthodologie rigoureuse soutenue par l’UNFPA. L’objectif n’est pas seulement de lister les problèmes, mais de forcer le dialogue entre les « invisibles » et les décideurs (ELECAM, MINAS, MINPROFF).
Ce que les participants attendent : Le dialogue se veut franc. Il s’agit de passer de la « charité » à la « responsabilité ». Pour les organisateurs, les partis politiques ont un rôle crucial à jouer. L'une des recommandations phares qui émerge est l'inscription systématique de personnes handicapées sur les listes électorales en position éligible, et non comme de simples faire-valoir en fin de liste.
 
Le genre et la jeunesse
L’accent mis sur les femmes et les jeunes n’est pas anodin. Dans une société où le leadership est souvent perçu comme l'apanage des hommes valides d'un certain âge, la femme handicapée subit une triple discrimination : celle liée à son genre, celle liée à son handicap et celle liée à son exclusion économique. La table ronde vise à briser ce plafond de verre en encourageant ces femmes à oser la candidature.
 
Vers un plaidoyer national

Le résultat concret attendu de ces échanges est la rédaction d’une note de plaidoyer. Ce document ne restera pas dans les tiroirs. Il est destiné à devenir une feuille de route pour le gouvernement et les organes électoraux comme ELECAM.
Il s'agit notamment de :

Rendre obligatoire l'accessibilité universelle de tous les centres de vote.

Former les agents électoraux à l'accueil des personnes à besoins spécifiques.

Intégrer des modules de sensibilisation au handicap dans les programmes de formation politique des partis.

 
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