« Notre pays fonctionne normalement »
- Par Lucien BODO
- 04 Aug 2026 02:46
- Likes
René Emmanuel Sadi, ministre de la Communication, porte- parole du gouvernement (sur RFI le 03 août 2026)
Monsieur le ministre, le prési- dent de la République est absent depuis le 7 juin. Que répondez- vous à l’opposition qui demande que soit constatée par le Conseil constitutionnel une vacance du pouvoir ? La question de la vacance du pouvoir à la tête de l’Etat ne devrait pas se poser. D’abord pour la simple raison que cette question est bel et bien encadrée par notre Constitution, qui précise clairement les conditions à partir desquelles on peut parler de vacance du pouvoir. A ce propos, la Constitution parle de décès, de dé- mission, d’empêchement définitif. Et tout ceci doit être préalablement et formellement constaté par le Conseil constitutionnel. Je tiens à vous faire remarquer que nulle part on ne parle de séjour prolongé. Alors, les figures de l’opposition qui réclament à cor et à cri une constatation de la vacance des pouvoirs à la tête de l’Etat et qui sont du reste, pour la plupart, de brillants juristes, devraient, me sem- ble-t-il, avoir une lecture de la loi fondamentale qui soit plus rigoureuse et plus objective. Une lecture qui colle à la lettre et non pas qui procède d’une interprétation manifestement biaisée. Autrement dit, le Conseil constitutionnel ne s’est pas prononcé pour déclarer une vacance du pouvoir à la tête de l’Etat. Le président Paul Biya est en vie. Le président Paul Biya n’a pas démissionné. Et, je dois le dire, le président Paul Biya va bientôt rentrer au Cameroun. Et donc, on ne peut pas parler à ce stade de vacance à la tête de l’Etat. « Bientôt rentrer au Cameroun ». Vous pouvez préciser, Monsieur le ministre ? Est-ce qu’il y a une échéance, une date ? Je ne peux pas vous dire avec exac- titude quand est-ce que le président Paul Biya revient. Et même si je le savais, il ne m’appartient pas de l’an- noncer ici. Je peux au moins me per- mettre de vous dire qu’il revient très bientôt. Quand le président a quitté le Cameroun le 7 juin dernier, la présidence avait déclaré à l’époque qu’il partait pour un court séjour privé en Europe. Plus de 50 jours plus tard, Mon- sieur le ministre, est-ce qu’on peut encore soutenir la thèse d’un court séjour privé en Europe ? Je vais vous faire remarquer que, même en l’absence du président de la République, les institutions de no- tre pays fonctionnent normalement. Les principaux responsables de l’ad- ministration vaquent à leurs occu- pations. C’est la preuve que notre pays est stable. Et il me semble qu’il est tout à fait normal que les Came- rounais, notamment celles et ceux qui sont de bonne foi, de mon point de vue, et qui l’ont massivement réélu en octobre dernier, se soucient du président de la République. Comme je dis, c’est bien. Les gens sont contents quand leur président est là. C’est le père de la Nation. Et quand le père est absent, ça peut préoccuper les membres de la famille. C’est tout à fait normal. Mais il peut s’absenter pour des raisons qui, par- fois, sont indépendantes de sa vo- lonté. Il peut prolonger son séjour pour des cas de force majeure. Mais en s’assurant que la famille continue de fonctionner dans de bonnes condi- tions. Selon plusieurs sources, le pré- sident aurait été opéré du genou. Pouvez-vous nous dire si cette opération est effective ? A-t-elle eu lieu ? Comment va le prési- dent aujourd’hui ? J’ai fait une intervention il y a quelque temps. J’ai bien précisé que le prési- dent était bien à Genève, mais qu’il n’était pas hospitalisé. J’ai aussi dit, et ceci, je ne vois pas en quoi cela pourrait être un problème, que le président peut très bien juger de l’opportunité de saisir son séjour à Genève pour envisager quelque consultation simple. Si le président est à Genève comme vous l’admettez, il est plutôt à l’hôpital ou à l’hôtel ? Je ne suis pas à Genève avec le pré- sident. Ceux qui sont à Genève pour- raient vous donner des éclairages là-dessus de façon plus précise. Parmi les chantiers à venir, il y a la formation d’un nouveau gouvernement comme cela avait été promis et annoncé par le chef de l’Etat de lui-même le 31 décembre dernier, après sa ré- élection en octobre. Huit mois plus tard, pourquoi ça traine ? Celui qui apprécie de l’opportunité de former un nouveau gouvernement, c’est le président de la République. S’il ne l’a pas fait jusqu’à présent, c’est sans doute qu’il a des raisons pour ne pas l’avoir fait. Je ne peux pas me mettre à sa place pour vous donner une réponse péremptoire là- dessus. Eh bien depuis huit mois, tous les ministres sont sur un siège éjectable, y compris vous-même. Est-ce que du coup, cette situa- tion ne paralyse pas un peu l’ac- tion du gouvernement avec des ministres qui ne seraient pas tout à fait sereins et qui se li- vreraient, comme beaucoup di- sent, à des batailles ? Le président a fait une annonce. Il n’a pas décidé que dorénavant, les ministres devraient se contenter de gérer les affaires courantes. C’est ainsi que ça se passe quand on vous dit que vous n’êtes plus en poste. Donc, il a fait une annonce, mais tous les ministres sont en poste. Le Premier ministre est en poste. Et je pense qu’au lieu de faire une fixation sur le nouveau gouvernement, les uns et les autres devraient s’atteler à conduire les tâches qui sont les leurs dans leurs différentes admi- nistrations ministérielles. Et tant qu’ils sont là, ils sont ministres. Au mois d’avril dernier, a été adoptée la révision constitution- nelle instituant un poste de vice- président. Pour l’instant, le poste n’est pas pourvu. J’ai encore en- vie de vous demander qu’est- ce qui bloque ? Le président de la République prend son temps pour apprécier l’opportunité de désigner tel ou tel à tel ou tel poste. A fortiori s’agissant d’un vice-président de la République. On peut convenir qu’il est tout à fait normal qu’il prenne son temps pour confier une charge aussi élevée à un de ses concitoyens. Quel pourrait être le profil de ce vice-président ? Un homme ou une femme d’expérience ? Ou plutôt un jeune homme ? Ecoutez, je n’ai rien contre les jeunes gens. Moi-même j’ai été jeune. On peut être jeune et compétent. Mais en toute sincérité, je pense qu’il y a un terme qu’on utilise ces derniers temps, qui n’est pas un slogan. Mais c’est un terme qui, véritablement, est lourd de sens. C’est l’expérience. C’est quelque chose qui se conquiert avec le temps. Et donc, je pense que si on peut trouver un jeune qui a beaucoup d'expérience, ça peut ar- river qu'on trouve un jeune qui a beaucoup d'expérience, qui a de la compétence, mais qui a de l'expé- rience. L'expérience est quelque chose d'irremplaçable et c'est quelque chose qu'on n'apprend pas à l'école. Ce n'est pas dans les universités qu'on acquiert l'expérience. C'est sur le terrain, au contact de la réalité, au contact des hommes, des femmes, qu'on touche du doigt les problèmes de la société. Et au fil du temps, on apprend beaucoup. On vous apprend ce que vous n'avez pas appris à l'école. C'est ça l'expérience. Et donc, pour diriger un État, surtout un État aussi complexe que le Ca- meroun, je crois qu'il y a beaucoup de gens qui ne savent pas ce qu'est le Cameroun. Nous sommes un pays extrêmement complexe. La diversité ethnique qui est la nôtre, justement, fait en sorte que diriger le Cameroun, ce n'est pas une sinécure, ce n'est pas une mince affaire. Et qui plus est, vous connaissez les Camerounais. Je pense qu'en Afrique, le Cameroun est un des pays où l'on compte le plus grand nombre d'intellectuels, de personnes instruites, cultivées. Et il faut à la tête d'un pays comme celui-là, un homme aussi qui a fait ses preuves. Un homme qui a pu ac- quérir de l'expérience, non pas une expérience décrétée, mais une ex- p...
Cet article complet est réservé aux abonnés
Déjà abonné ? Identifiez-vous >
Accédez en illimité à Cameroon Tribune Digital à partir de 26250 FCFA
Je M'abonne1 minute suffit pour vous abonner à Cameroon Tribune Digital !
- Votre numéro spécial cameroon-tribune en version numérique
- Des encarts
- Des appels d'offres exclusives
- D'avant-première (accès 24h avant la publication)
- Des éditions consultables sur tous supports (smartphone, tablettes, PC)



Commentaires