« Nous voulons replacer le public au cœur du festival »

Grégoire Owona, président du Conseil d’administration des Ecrans noirs.

La 30e édition du festival Écrans noirs s’ouvre dans quelques jours. Une première sans le fondateur, Bassek Ba Kobhio. Quel est l’état d’esprit général au sein de l’organisa­ tion ? Cette édition est, à bien des égards, une édition particulière. Elle inter­ vient à un moment où nous devons faire face à l’absence physique de Bassek ba Kobhio, qui a consacré une part essentielle de sa vie à faire exister et grandir ce rendez- vous majeur du cinéma africain. Son départ constitue incontesta­ blement une perte immense pour la culture camerounaise et pour l’ensemble de la communauté ci­ nématographique africaine. Mais, notre état d’esprit n’est pas celui de la résignation. Il est celui du re­ cueillement, de la responsabilité et de la détermination. Nous me­ surons pleinement le poids de l’hé­ ritage qui nous est confié et le de­ voir qui nous incombe de le pré­ server. Bassek Ba Kobhio nous laisse une œuvre, une vision et une institution. Notre responsabilité est de faire en sorte que son ab­ sence ne devienne pas une rupture dans l’histoire du festival. Bien au contraire, nous voulons que cette trentième édition témoigne de la vitalité de ce qu'il a construit et de notre volonté collective de pour­ suivre son engagement. Un fonda­ teur disparaît physiquement, mais les idées qu'il a semées peuvent continuer lorsqu'une communauté décide de les faire fructifier. N’ou­ blions pas que lorsque les salles de cinéma avaient toutes fermé, Écrans Noirs a maintenu la flamme allumée en poursuivant avec des projections chaque fois qu'une oc­ casion se présentait. Il réussissait donc, par la semaine du festival, à perpétuer le cinéma en salle. C'est dans cet esprit que nous préparons cette édition : honorer sa mémoire tout en restant résolument tournés vers l'avenir. La mobilisation constitue le challenge principal pour l’équipe d’organisation, qui compte faire revenir du monde dans les salles. Quelle est l’idée derrière ce concept ? Bassek Ba Kobhio voulait voir des salles de cinéma pleines. L'idée est donc simple : le cinéma est fait pour être vu, partagé et vécu. Un film qui reste sur un écran sans spectateurs ne remplit pas pleine­ ment sa vocation sociale et cultu­ relle. Nous voulons donc replacer le public au cœur du festival et réaffirmer la place de la salle de ci­ néma comme espace de découverte, de rencontre et de partage. La mo­ bilisation ne consiste pas seulement à remplir des salles. Elle vise à ré­ tablir un lien vivant entre les œu­ vres, les cinéastes et les specta­ teurs. Le cinéma africain a besoin de créateurs talentueux, de moyens de production, certes, mais aussi d'un public qui s'intéresse à ses histoires, reconnaît ses imaginaires et contribue à sa viabilité écono­ mique. Il faut sortir de ce paradoxe qui consiste à réclamer davantage de visibilité pour notre cinéma tout en négligeant parfois les occasions de le découvrir. Les Écrans noirs doivent être ce moment privilégié où les Camerounais se réapproprient leurs écrans et où les jeunes gé­ nérations comprennent que nos réalités, nos cultures, nos aspira­ tions et nos histoires méritent d'être racontées et vues. Nous voulons faire du spectateur un acteur à part entière de la réussite du fes­ tival. Aller au cinéma, c'est soutenir une création, encourager des talents et participer à la construction d'une industrie culturelle. Notre ambition est donc de susciter une mobilisa­ tion populaire, particulièrement au­ près des jeunes, des étudiants, des familles et de tous ceux qui sou­ haitent découvrir la richesse du ci­ néma africain. En définitive, nous ne voulons pas simplement orga­ niser un festival pour les profes­ sionnels du cinéma. Nous voulons un festival qui rencontre véritable­ ment son public. Bassek Ba Kobhio a toujours rêvé de cela et nous lui rendrons hommage à l’occasion. Pouvez-vous assurer que la mobilisation financière ne fera pas défaut en dépit de l’ab­ sence du fondateur, qui consti­ tuait une forme de garantie pour ses partenaires ? Il serait imprudent de prétendre que le financement d'un événement de cette envergure ne constitue pas un défi. Les grands rendez- vous culturels nécessitent des res­ sources importantes, une organi­ sation rigoureuse et une mobilisa­ tion constante des partenaires. Les Écrans noirs ne font pas exception à cette réalité. Cela dit, je voudrais rappeler une chose essentielle : le festival ne saurait reposer dura­ blement sur la seule personnalité de son fondateur, aussi importante soit-elle. Bassek Ba Kobhio a su bâtir, au fil des années, une crédi­ bilité, un réseau de partenaires et une réputation qui constituent au­ jourd'hui un capital précieux pour l'institution. C'est précisément cet héritage que nous devons consoli­ der. La confiance des partenaires doit pouvoir se prolonger au-delà de la personne qui a porté le projet à ses débuts. Elle doit désormais s'appuyer sur la solidité de l'orga­ nisation, la pertinence de sa mission culturelle, la qualité de sa program­ mation et sa capacité à produire des résultats. Nous poursuivons donc les démarches nécessaires auprès, d’une part, de nos parte­ naires institutionnels dont le gou­ vernement, et d’autre part, de nos partenaires économiques et cultu­ rels. Nous sommes conscients que cette confiance se mérite et s'en­ tretient par la transparence, le sé­ rieux dans la gestion et le respect des engagements pris. Je ne vou­ drais pas faire de promesses qui ne dépendraient pas exclusivement de nous. En revanche, je peux af­ firmer que la mobilisation ...

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