« Les États africains doivent plus investir dans la création de richesses »

Dr. Serge Christian Alima Zoa, internationaliste, chercheur au Centre de recherche et d’études politiques et stratégiques (CREPS) de l’Université de Yaoundé II-Soa et enseignant à l’Université catholique d’Afrique centrale.

Plusieurs pays occidentaux durcissent actuellement leurs politiques migratoires. A votre avis, jusqu’où ira cette tendance ? Le durcissement observé des politiques migratoires dans plusieurs pays occidentaux s'inscrit dans une dynamique de transformation profonde des rapports entre sécurité, souveraineté et gouvernance des mobilités internationales. Cette évolution est alimentée par plusieurs facteurs convergents comme la montée des partis populistes et nationalistes, les préoccupations sécuritaires, les tensions sur les finances publiques, les difficultés d'intégration, ainsi que les inquiétudes liées à l'emploi et à l'identité nationale. Toutefois, cette tendance a des limites. Les économies occidentales restent confrontées au vieillissement démographique, à la baisse de la population active et à des pénuries persistantes de main-d'oeuvre dans des secteurs stratégiques tels que la santé, les technologies, l'agriculture, le bâtiment et les services. Subséquemment, il est peu probable que les États occidentaux optent pour une fermeture complète de leurs frontières. Ils privilégieront plutôt une immigration davantage sélective, orientée vers les travailleurs qualifiés et les profils répondant aux besoins de leurs économies. Cette évolution est observée dans les politiques migratoires de plusieurs pays de l'OCDE et dans la stratégie migratoire récemment adoptée par l'Union européenne. Parallèlement, les États renforceront probablement les dispositifs de contrôle aux frontières, accéléreront les procédures de reconduite des migrants en situation irrégulière et développeront davantage les accords de coopération avec les pays d'origine et de transit afin de limiter les flux migratoires irréguliers. L'entrée en vigueur du Pacte européen sur la migration et l'asile illustre cette volonté liturgique de conjuguer contrôle renforcé, harmonisation des procédures et coopération internationale. Cette orientation ne sera cependant pas uniforme. Quelles stratégies à mettre sur pied par les différents pays africains pour créer surplace des conditions propices à un meilleur épanouissement de la jeunesse? La première leçon est qu'aucune stratégie nationale de développement ne peut être fondée sur l'espoir d'une ouverture permanente des marchés migratoires occidentaux. Les États africains doivent plus investir dans la création de richesses sur leur territoire et transformer leur important capital humain en véritable levier de développement. La deuxième leçon réside dans la nécessité de renforcer la gouvernance publique. La corruption, la mauvaise gestion des ressources, la faiblesse des institutions et l'instabilité politique figurent parmi les principales causes qui poussent de nombreux jeunes à quitter leur pays. L'amélioration de la gouvernance est donc une condition essentielle pour restaurer la confiance des citoyens. La troisième leçon concerne l'industrialisation. Tant que les économies africaines resteront principalement exportatrices de matières premières non transformées, elles créeront insuffisamment d'emplois qualifiés. La transformation locale des ressources naturelles, le développement des chaînes de valeur industrielles et l'innovation doivent devenir des priorités. Face à cette nouvelle donne internationale, plusieurs stratégies méritent d'être mises en oeuvre par les gouvernements africains. Investir massivement dans une éducation orientée vers les besoins du marché du travail, en développant la formation professionnelle, les compétences numériques, les sciences, les technologies et l'entrepreneuriat. Favoriser l'emploi des jeunes grâce à un environnement économique attractif à travers simplification des procédures administratives, accès facilité au crédit, soutien aux PME, promotion des startup et amélioration du climat des affaires. Puis, accélérer l'intégration économique africai...

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