« Il est toujours possible à l’homme mutilé de changer »

Pr. Désiré Nyela, professeur titulaire de littérature à l’Université Sainte-Anne en Nouvelle-Ecosse au Canada, écrivain.

Vous venez de commettre un es­ sai intitulé : « L’homme mutilé. Réflexions sur la condition post- coloniale ». Qui considérez-vous comme homme mutilé ? L’homme mutilé, c'est l’Africain en contexte postcolonial. On peut donc dire que c'est l’Africain post-colonisé qui apparaît sous une double cas­ quette, à savoir l’héritier d'un côté, c'est-à-dire l’élite qui a hérité du « pouvoir » de l’autorité coloniale ; et le cave, de l’autre, qui représente l’homme de la rue ou si l'on veut, les masses populaires. Ces deux figures entretiennent une relation asymé­ trique et inauthentique qui mime la relation jadis entretenue entre le co­ lonisateur et le colonisé en contexte colonial, relation par ailleurs bien dé­ crite par Albert Memmi. Vous proposez donc le portrait croisé d’un héritier et d’un cave, puis d’une société qui évite de penser par elle-même. Pourquoi une telle réflexion ? L’ambition de décrire la condition postcoloniale m’a conduit à proposer au lecteur ce double portrait croisé de l’héritier et du cave. Il suffit de voir les névroses de chacune de ces figures pour composer leurs portraits respectifs. D’un côté, il y a la trahison, l’imposture, la médiocrité, la pléo­ nexie (le désir d’accumuler pour le plaisir d'accumuler), le pillage éhonté des ressources... De l’autre, la dé­ possession (le syndrome de Meka, ce personnage emblématique du Vieux nègre et la médaille de Ferdi­ nand Oyono), l’aliénation, la rési­ gnation, l’attente d'un messie im­ probable, la démission, l’habitude à une résilience mortifère, la dép...

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