D ans la capitale économique, un nouvel hommage solennel a été rendu il y a quelques jours à Douala Manga Bell, héros parmi les tout pre miers résistants à l’occupation occidentale, fusillé sur la place publique le 8 août 1914 à Douala. Un peu comme chaque année depuis 102 ans, une com mémoration dénommée « Tet’Ekombo » entretient la mémoire du martyr exécuté en compagnie de son secrétaire, Adolf Ngosso Din, pour s’être opposé à l’expropriation de son peuple par l’administration coloniale allemande. Au cours de l’édition 2026, l’idée de consacrer une rue ou un musée au nom de cette grande figure de l’histoire du Cameroun a abondamment été évoquée au sein de la communauté sawa dont il était originaire. Ce d’autant plus que l’Allemagne a baptisé une place dans la capitale Berlin au nom du résistant camerounais. Alors, si l’ex-puissance coloniale a pu franchir le pas, malgré les blessures et les comptes non soldés de cette période difficile, qu’attendrait donc le Cameroun ? La question porte en elle toute la problématique de la gestion de la mémoire de ces hommes et femmes dont l’action a contribué à forger une conscience nationale aux premières heures de la construction de la Nation et que l’histoire semble avoir jetés aux oubliettes. Ils sont nombreux, ces héros qui ont versé de leur sang, mais dont les jeunes générations ignorent même jusqu’au simple nom. Si une certaine unanimité se dégage sur le principe de cette reconnaissance, elle peut se manifester de mille et une manières. Ce qu’on peut dire déjà, c’est que chaque citoyen, chaque composante de la société peut apporter sa pierre à cet édifice, véritable œuvre de restauration de l’histoire de ce pays. A ce sujet, le président de la République avait déjà, en 1991, posé une fondation solide de cette démarche appelée à se poursuivre. Le 16 décembre de cette année-là, Paul Biya promulguait une loi portant ré habilitation de certaines figures de l’Histoire du Ca meroun. Ainsi, Ahmadou Ahidjo, premier président de la République, et trois leaders nationalistes : Ruben Um Nyobe, Félix Moumié et Ernest Ouandié, tous disparus, ont été officiellement réhabilités et reconnus pour « avoir œuvré pour la Reconnaissance du sentiment national, l’indépendance ou la construc tion du pays, le rayonnement de son histoire ou de sa culture ». L’article 2 de cette loi est sans équivoque sur les implications de cet acte : « La réhabilitation visée à l’article 1er ci-dessus a pour effet de dissiper tout préjugé négatif qui entourait toute référence à ces personnes, notamment en ce qui concerne leurs noms, biographies, effigies, portraits, la dénomination des rues, monuments ou édifices. » Cette énumération ouvre un large champ de possi bilités pour qui souhaite contribuer à perpétuer la mémoire des héros cités nommément par la loi de 1991. Mais aussi celles des nombreux autres, avant ou après eux, qui ont bâti à la force de leurs mains ou de leurs idées ce Cameroun, ce « Continent » dont la jeune génération se montre si fière aujourd’hui en l’exprimant haut et fort sur les nouvelles places fortes publiques que constituent les réseaux sociaux. Et parmi les champs d’exposition les plus larges, il y a cette Histoire du Cameroun, dont tout le monde reconnaît qu’elle n’est pas suffisamment enseignée dans les écoles, lycées, collèges et universités du pays. Rectifier le tir devrait être carrément considéré comme un impératif de salut public. Car pour que la mémoire des héros survive au temps, quoi de mieux que le système éducatif ? Là où on apprend à lire et compter dès le bas-âge, se trouve le terrain fertile pour faire germer la conscience nationale. Raconter à nos enfants la vraie histoire du Berceau de leurs ancêtres est peut-être la meilleure manière de leur dire d’où ils viennent. Leur faire connaître au détail près, les héros du grand chantier Cameroun, est aussi un moyen pertinent de leur offrir des modèles, des références pour perpétuer, voire fructifier à leur tour ce bel héritage. La balle est donc dans le c...
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