Pr Saibou Issa, directeur de l’observatoire du crime organisé et de la violence en Afrique centrale, à l’Institut d’études de sécurité.
Depuis quelques semaines, l’on note une résurgence des at taques terroristes de Boko Ha ram dans la région de l’Extrême- Nord. Qu’est-ce qui pourrait jus tifier cette recrudescence ? Les attaques ont recommencé il y a plus d’un an, avec le recours aux drones, qui ont eu des effets sur les dispositifs situés à la frontière. Il y a eu un délai. Le temps de re mettre en place ces dispositifs des deux côtés de la frontière, les groupes armés ont eu plus de fa cilité à mener des incursions. Ce pendant, l’imminence de la mise en service des bases du BIR Lac Tchad dans le Logone et Chari peut avoir motivé des attaques visant à contraindre les populations à s’en aller ou à dissuader toute col laboration avec la nouvelle unité qui renforce sa position à proximité du lac, zone la plus importante pour la résilience économique et financière du groupe dénommé État islamique en Afrique de l’Ouest. La faible pluviométrie de cette année peut également avoir facilité leurs déplacements. Il fau drait en outre considérer le rôle que peuvent jouer les membres camerounais de ces groupes armés récemment élevés à des postes de commandement. Ce qui, du reste, n’est pas nouveau. Le gouvernement à travers les forces de défense s’est une fois de plus engagé à apporter une réponse appropriée à la résur gence des exactions de Boko Haram. Notamment par la créa tion d’une nouvelle unité du « BIR Lac Tchad », l’envoi du Ba taillon amphibie, etc. Quelle lec ture faites-vous de cette stra tégie ? C’est une réponse appropriée et adaptée à l’évolution de la menace dont l’épicentre se trouve mainte nant aux abords du lac Tchad. De puis 2016, l’EIAO (Etat islamique en Afrique de l’Ouest ou ISWAP, Ndlr) s’y est installée. Le groupe de Bakura Doro également. L’ex torsion des pêcheurs, des éleveurs, des agriculteurs et des commer çants désireux d’exploiter les abon dantes ressources naturelles et d’accéder aux marchés leur procure des revenus suffisants pour l’ar mement et le fonctionnement des démembrements. C’est bien une économie de guerre bâtie autour de la disruption écologique et de la maîtrise des mobilités sur le lac et dans les marécages. Il faut éga lement l’accès aux marchés pour l’écoulement des produits et le blanchiment des revenus criminels. Le BIR Lac Tchad est un dispositif robuste pour contrer les incursions dans le Logone et le Chari, contrôler les voies d’approvisionnement et d’écoulement des produits, rassurer les populations, favoriser les re tours dans les villages abandonnés et sécuriser la relance des activités productives. En outre, le Bataillon amphibie était fort attendu pour les traquer dans leur sanctuaire, le lac Tchad, à la fois zone d’opé ration et de repli. L’action conjuguée de ces deux unités est en mesure de confiner l’EIAO dans d’autres portions du lac et de porter un coup majeur à sa résilience éco nomique et financière. Il y a lieu de souhaiter que les partenariats dans la lutte contre Boko Haram se mobilisent afin que la conju gaison des efforts produise un im pact durable. Ainsi, le déploiement attendu de l’opération Lake Sanity III serait une heureuse concomi tance avec le renforcement du dis positif camerounais. Comment redynamiser les co mités de vigilance qui sont d’un apport important dans la lutte contre les terroristes dans l’Ex trême-Nord ? Il faudrait d’abord les renouveler. Plusieurs ont quitté les localités sous la menace de Boko Haram, dont certains ont été victimes d’at taques ciblées. D’autres ont pris de l’âge. D’autres encore expriment de la lassitude après tant d’années. Ensuite, les modalités d’encadre ment, d’équipement et de prise en charge devraient évoluer. À cet ef fet, il conviendrait de procéder à une évaluation, d’écouter leurs at tentes minimales et de cerner les failles qui ont conduit certains parmi eux à avoir des comporte ments indélicats. Leur rôle devra tenir compte des évolutions de la menace dont le volet idéologique s’est estompé et dont les modes opératoires varient selon qu’il s’agit de l’EIAO dans le Logone et Chari ou de JAS (Boko Haram originel) dans les monts Mandara et dans le Mayo-Sava. Le retour des em buscades, des prises d’otages et des pillages des villages s’inscrit dans une dynamique du crime or ganisé, d’ailleurs plus sophistiquée au lac. Il fau...
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