Travail des enfants: Des cartons rouges à brandir

De concert avec la communauté internationale, le Cameroun a marqué un temps d’arrêt le 12 juin dernier à l’effet de commémorer la 128e édition de la Journée mondiale contre le travail des enfants. Une fenêtre d’introspection pour prendre conscience des efforts à fournir au regard de l’évolution du travail des enfants et de ses diverses formes, de procéder à un état des lieux des actions menées, de décliner les perspectives et de réaffirmer l’engagement à combattre ce phénomène pernicieux. La Journée du 12 juin 2026 intervient au lendemain de la sixième Conférence mondiale sur l’élimination du travail des enfants tenue à Marrakech en février 2026. Une rencontre qui a réaffirmé la nécessité d’accélérer les progrès et de traduire les engagements en résultats concrets. Le ministre du Travail et de la Sécurité sociale, Grégoire Owona, présente les tendances de ce fléau, les actions initiées par les pouvoirs publics et les leviers à actionner pour obtenir des résultats efficaces.

 

« 4 543 788 enfants sont impliqués au Cameroun »

Grégoire Owona, ministre du
Travail et de la Sécurité sociale

Le travail des enfants, tout le monde en parle. De quoi s’agit-il exactement ? Le travail des enfants est appréhendé comme la participation des enfants ou des personnes n’ayant pas encore atteint l’âge requis (14 ans) à des activités à finalité économique s’apparentant à l’exercice d’une profession rémunérée par un adulte. Bien plus, il est aussi défini comme un travail qui prive les enfants de leur enfance, de leur potentiel, de leur éducation et de leur dignité tout en portant préjudice à leur développement physique et mental. Au Cameroun, toutes les tâches exécutées par les enfants ne sont pas assimilables au « Travail des enfants » tel que conçu et réprimé par la législation en vigueur. La participation des enfants ou des adolescents aux travaux qui n’affectent pas leur santé ou n’interfèrent pas avec leur scolarité est généralement considérée comme un facteur favorisant leur socialisation. Quelles sont les tendances sur ce fléau mondialement reconnu ? A ce sujet et selon les dernières estimations contenues dans le rapport conjoint de l’Organisation internationale du travail (OIT) et de l’UNICEF de 2025, environ 138 millions d’enfants se retrouvent en situation de travail dans le monde. Concernant notre pays, le rapport national sur le travail des enfants réalisé sur la base des données issues de la cinquième Enquête camerounaise auprès des ménages (ECAM 5) de 2022 par l’Institut national de la statistique (INS) et publié en 2025, indique que du travail des enfants à abolir, il ressort des résultats que dans l’ensemble, 4 543 788 enfants, soit 47,9 % sont impliqués. Des chiffres qui justifient l’ampleur du combat qui doit être mené face à la persistance de cette pratique illégale et avilissante, qui s’inscrit en marge de la législation nationale et des engagements internationaux pris par le Cameroun. Au regard de ces données alarmantes, quelle est la riposte gouvernementale ? Face à ce constat, le gouvernement sur les très hautes prescriptions du président de la République s’est fermement engagé à éradiquer ce phénomène par une réponse volontariste et multisectorielle axée sur des stratégies d’actions concertées et appuyées par nos partenaires au développement. Nous avons procédé à la ratification de diverses normes internationales, comme les conventions de l’OIT relatives à l’âge minimum, à l’élimination des pires formes de travail des enfants, au travail forcé et à l’abolition du travail forcé. Dans ce sillage, le Code du travail et la loi relative à la lutte contre le trafic et la traite des personnes, sont venus renforcer cet arsenal juridique. Le Cameroun a adhéré à différents programmes de lutte contre le travail des enfants, à l’instar du Programme international pour l’abolition du travail des enfants (IPEC). Ce programme lancé en 2005 a permis la mise en oeuvre de deux projets, dont l’un a porté sur la lutte contre l’exploitation des enfants dans la cacao-culture, programme WACAP et l’autre sur la lutte contre le trafic des enfants à des fins d’exploitation de leur travail, programme LUTRENA. Ces programmes qui ont permis des avancées, ont surtout ouvert la voie à la sensibilisation des parties prenantes sur la lutte contre le travail des enfants. Le Cameroun met en oeuvre depuis 2017, le Plan d’action national pour l’élimination des pires formes de travail des enfants au Cameroun (PANETEC). Ce cadre de programmation a permis d’adopter une nouvelle liste des travaux dangereux interdits aux enfants. Ce Plan qui constitue un moyen d’action approprié dans l’atteinte de nos objectifs, traduit dans les faits une réponse multisectorielle pratique basée sur les six axes strat&eac...

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