Médias : la plume d’un gangster…

Le ministre de la Communication a pris du temps jeudi dernier pour s’étendre sur un sujet d’une gravité certaine. Visiblement préoccupé par la fâcheuse tendance qui s’installe insidieusement depuis quelques années et qu’il a eu le temps d’analyser en sept ans à la tête du Mincom, René Emmanuel Sadi a parlé de cette montée des écarts (« mésinformation », désinformation, instrumentalisation et promotion des discours de haine) qui mine la pratique du journalisme au Cameroun. Il n’en fallait pas plus pour que le porte-parole du gouvernement lâche, sans hésiter, le mot : « gangstérisme journalistique ». Face à la grande famille de la Communication, réunie pour la traditionnelle cérémonie annuelle de présentation des vœux de Nouvel an, le Mincom a profité de l’occasion pour délivrer un message de sensibilisation sur ces pratiques qui menacent la crédibilité et la dignité d’une presse camerounaise jusque-là réputée sérieuse et professionnelle dans l’ensemble.
Mais qu’est-ce qui peut donc conduire un professionnel de l’information à écrire et surtout propager une nouvelle sur un fait non avéré ? Si ce n’est pas une intention de nuire, ça y ressemble. C’est en tout cas l’attitude que le ministre dénonce avec force. Et en connaissance de cause, puisqu’il a révélé en avoir été victime lui-même il y a quelques jours. Ainsi, un journaliste a récemment écrit que lui, René Emmanuel Sadi n’était plus le président du conseil d’administration de la Société générale de surveillance (SGS), filiale camerounaise. Ce qui est évidemment faux.
Mais le quotidien de la presse camerounaise est ainsi fait depuis quelque temps. Avec d’une part, des professionnels bien formés, talentueux et consciencieux qui ont à cœur de fournir chaque jour une information de qualité, puisée à bonne source et traitée selon les canons de la profession. Tout cela dans des conditions souvent draconiennes. Et d’autre part, de véritables tueurs à gage, qui se livrent au plus offrant, pour tirer à boulets rouges, lyncher ou livrer à la vindicte populaire, les cibles qu’on leur aura désignées. Ce sont des chasseurs de primes, presque exactement comme on les connaît dans les fameux films westerns, qui, sur commande s’emploient à passer à la moulinette, des personnalités. Dans des écrits ou des productions qui n’ont rien à voir avec la collecte et le traitement de l’information, telles que prescrites par les règles du journalisme.
Comme l’a bien noté le ministre de la Communication, au moins trois catégories de ces écarts peuvent être répertoriées dans l’environnement camerounais des médias. Il y a d’abord ce que René Emmanuel Sadi appelle la « mésinformation ». Entendue comme le fait de publier une information sans avoir au préalable recherché la vérité. S’autoriser à dire des choses sans être sûr que tout ce que l’on dit est vrai. Ou même inventer des faits qui n’existent pas. Voilà une pratique bien dangereuse et bien réelle, qui met gravement à mal les fondements même du travail journalistique. De nombreux acteurs des médias – pour ne pas utiliser abusivement le mot journaliste – en ont pourtant fait leur activité quotidienne, leur gagne-pain pour dire le mot juste. Car oui, cette dérive nourrit plutôt bien son homme. Certains ont reçu une formation de journaliste mais s’en écartent allègrement, sans remords, toute honte bue. D’autres ne sont jamais passés près d’un établissement de formation, mais ont quand même choisi d’exercer ce métier, où malheureusement, on entre comme on veut et l’on fait ce que l’on veut.
Autre mal : la désinformation. On sait ce qui est vrai, mais on choisit de travestir les faits à des fins multiples. Manipuler l’opinion, nuire à autrui, servir une cause occulte… et gagner de l’argent, parfois beaucoup d’argent. Là encore, la scène médiatique nationale est riche en exemples, souvent nourris par le flot venant des réseaux sociaux. Tout y passe, tout se mélange. Au point où le consommateur de l’information a bien du mal à se retrouver.
Et puis, il y a l’instru...

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