« Nous devons renforcer la formation en menuiserie »

Jean Claude Dongmo Tanda, président du Salon africain du bois, de l'artisanat, de la décoration et du développement des communautés locales au Cameroun.

Depuis un moment, des show­ rooms où sont exposés des meubles dans les grandes villes, notamment à Yaoundé et Douala se multiplient. Qu'est-ce qui peut expliquer cela ? La multiplication des espaces de vente de meubles est, en soi, une évolution normale dans un pays en développement et dans une écono­ mie qui se diversifie. Elle traduit l'existence d'une demande et l'émergence progressive d'un véri­ table marché du mobilier. Je consi­ dère donc ce phénomène comme un signe positif. Mais, il faut regar­ der ce qui se cache derrière cette apparente croissance. Aujourd'hui, une partie importante de ces meu­ bles est exposée dans des espaces qui ne sont pas toujours de vérita­ bles showrooms structurés. Beau­ coup occupent encore les trottoirs ou des espaces précaires. Cela mon­ tre que nous avons un marché, mais que nous n'avons pas encore suffi­ samment organisé la filière. Il y a également une évolution très im­ portante du produit lui-même. Le meuble entièrement réalisé en bois massif, notamment dans l'ébéniste­ rie traditionnelle, tend à perdre du terrain au profit du meuble tapissé. Pourquoi ? Le meuble tapissé répond à plu­ sieurs contraintes du marché ac­ tuel. Il est généralement moins cher, plus rapide à produire et de­ mande moins de temps d'apprentis­ sage. Prenons l'exemple d'un lit. Un lit entièrement réalisé en bois mas­ sif, correctement conçu, assemblé, poncé, fini et éventuellement sculpté, peut demander plusieurs semaines de travail. Un modèle ta­ pissé peut être réalisé beaucoup plus rapidement. Cela répond donc à un problème réel : celui du pouvoir d'achat, des délais de livraison et du manque de main-d'œuvre suffisam­ ment formée. Mais cela ne doit pas nous faire oublier la question es­ sentielle : quel modèle d'industrie voulons-nous construire ? Ce que nous observons aujourd'hui dans les rues est un éveil entrepreneu­ rial. C'est une bonne chose. Mais cela ne représente, à mon sens, qu'une petite partie du potentiel réel de la transformation du bois au Cameroun. Le véritable enjeu est de passer progressivement de l'acti­ vité artisanale dispersée à une chaîne de valeur organisée : bois lé­ gal, séchage, sciage, transforma­ tion, fabrication, finition, design, distribution et, demain, exporta­ tion. Le ministère des Forêts et de la Faune reconnaît d'ailleurs le meu­ ble comme relevant du quatrième degré de transformation du bois, c'est-à-dire parmi les produits finis ou prêts à l'emploi. C'est précisé­ ment cette transformation poussée que nous devons développer. Comment peut-on pérenniser cette activité afin de limiter du­ rablement l'importation de meu­ bles ? C'est ici que se trouve, à mon avis, la véritable question stratégique. Le Cameroun possède une res­ source forestière considérable, des artisans talentueux et un marché intérieur important. Pourtant, nous avons encore du mal à transformer suffisamment cette richesse en produits finis capables de satisfaire massivement notre marché et, demain, d'aller conquérir les marchés extérieurs. C'est un pa­ radoxe. Nous ne devons pas nous contenter de dire : « Achetons ca­ merounais ». Nous devons construire les conditions qui per­ mettront au produit camerounais d'être compétitif, disponible, dura­ ble, esthétique et exportable. Je vois cinq priorités majeures. Pre­ mièrement : organiser les espaces de vente, en cr&eacut...

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