« Ce premier film est inspiré de ma mère »

Auguste Bernard Kouemo Yanghu, cinéaste.

Votre film, « La Maison du vent », a remporté deux distinctions à La Mostra de Venise. Qu’est-ce que vous avez ressenti ? J’ai ressenti une certaine fierté, un encouragement pour le travail ac­ compli et une reconnaissance de mes pairs, de l’écriture à la première diffusion. J’y ai consacré huit années de travail acharné avec une abné­ gation sans faille. Le but avant tout était de raconter une belle histoire qui toucherait le public. Ces prix sont pour moi la cerise sur le gâteau car, être sélectionné dans un festival de première catégorie comme La Mostra de Venise en Italie, était déjà une consécration, parce que les places ne sont pas données. C’est la première fois, depuis plus de 40 ans, qu'un film camerou­ nais se retrouve dans ce presti­ gieux festival. Selon vous, qu’est- ce qui a fait la différence avec votre film ? Pour moi, ce qui m’a aidé et a fait la différence, c’est la qualité du film. Une qualité sur laquelle je n'ai pas lésiné sur les moyens, bien qu’en restant sobre. Ici, il y a un bon alliage entre la technique et l’artistique, tout cela dénué d’artifice. J’ajouterai aussi la sincérité et la justesse de l'histoire. J’ai fait confiance à l’Être camerounais sans lui apporter des éléments saugrenus qui pourrait le dénaturer. Je raconte le Camerou­ nais. Dans « La Maison du vent », vous explorez plusieurs thèmes. Entre autres, la solitude, les revers de l'émigration, la redéfinition des liens familiaux, le nouveau mode de vie et de survie pour les per­ sonnes restées. A quel point ces thèmes ont-ils été importants pour vous ? Ces thèmes ont une importance ca­ pitale pour moi. Avec l’esclavage, la colonisation, les guerres, les maux qui minent l'Afrique en général et le Cameroun en particulier, les popula­ tions ont souvent été contraintes à un déplacement, à un exil. Dans ces déplacements, il y a souvent sépa­ ration, dispersion, fractionnement, fragmentation, scission, segmenta­ tion, démembrement, morcellement des familles avec des conséquences parfois irrémédiables. Les arbres gé­ néalogiques sont parfois rompus. Pour moi qui suis parti, c'est la cul­ pabilité qui m’anime beaucoup. Une culpabilité de n'être pas là pour sou­ tenir ceux qui nous ont fait naître et qui nous ont élevés. Je me sens parfois égoïste. Ce film est une façon de reconnaître le mal q...

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