« La filière reste confrontée à des contraintes structurelles »
- Par Junior MATOCK
- 01 Oct 2026 17:50
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Apollinaire Ngwé, président du Conseil interprofessionnel du cacao et du café (CICC).
Monsieur le président, quel état des lieux peut-on dresser de la filière café au moment où le Cameroun com mémore la Journée mondiale dédiée à ce produit ce 1er octobre ? Il faut regarder la situation de la filière café camerounaise avec lucidité, mais aussi avec confiance. Nous sortons d’une longue période de recul de la production et de fragilisation du tissu productif, mais les derniers résultats montrent des signes encourageants de redresse ment. Au cours de la campagne 2024/2025, le volume de café commer cialisé au Cameroun a atteint 11 637 tonnes, contre 10 592 tonnes la cam pagne précédente, soit une progression de 9,86 %. Cette évolution est impor tante parce qu’elle intervient après plu sieurs années difficiles pour la filière. Le café arabica connaît notamment une amélioration remarquable de ses per formances à l’exportation : les données disponibles font état de 824 tonnes exportées en 2025, contre 308 tonnes en 2024, avec une forte progression des recettes. Mais il serait prématuré de parler de retournement définitif de tendance. La filière reste confrontée à des contraintes structurelles : vieillis sement d’une partie importante des ver gers, faible productivité, coût des intrants, insuffisance du renouvellement des plantations et difficulté à attirer dura blement les jeunes vers la caféiculture. Notre conviction au Conseil interprofes sionnel du cacao et du café (CICC) est que le problème du café camerounais n’est pas qu’un problème de volume. C’est un problème simultané de produc tivité, de qualité, de transformation, de commercialisation, de renouvellement générationnel et de valorisation du pro duit. Il faut produire davantage certes, mais surtout produire mieux, vendre mieux et créer davantage de valeur au Cameroun. C’est pourquoi nous travaillons sur une approche qui associe relance de la production, amélioration de la qua lité, traçabilité, développement des cafés de spécialité, transformation locale et ouverture de nouveaux marchés. Le contexte international offre d’ailleurs une fenêtre d’opportunité : la demande pour les cafés de qualité et les cafés de spécialité progresse, tandis que les mar chés deviennent de plus en plus attentifs à la traçabilité et à la durabilité. Le Ca meroun doit transformer ces nouvelles exigences en avantage compétitif. L’un des problèmes principaux du café camerounais réside dans le dé clin structurel de sa production au cours de ces dernières années. Qu’est-ce qui est fait concrètement par votre organisation pour relever l’offre nationale ? Il faut reconstruire progressivement la capacité productive de la filière. C’est précisément le sens du programme de Relance d’urgence ciblée du café, le PURC-Café, qui vise à augmenter dura blement les quantités et la qualité des cafés arabica et robusta à travers plu sieurs leviers : renforcement des capa cités des producteurs, mise à disposition de matériel végétal de qualité, réhabili tation et densification des plantations et équipements. Le deuxième levier est celui du renouvellement générationnel. Avec New Generation, nous voulons faire du jeune producteur un véritable entrepreneur agricole. Le dispositif as socie formation, plants et intrants, ac compagnement technique, supervision et mise en relation avec le marché, avec un suivi qui s’inscrit dans la durée. Le troisième chantier est celui de la qualité. Avec le programme Café d’excellence, nous travaillons sur les pratiques agri coles et surtout sur les opérations post- récolte, parce qu’un bon café peut perdre une grande partie de sa valeur lorsqu’il est mal récolté, mal fermenté, mal séché ou mal conditionné. Le CICC accompagne notamment la mise en place de centres d’excellence destinés à sublimer la qua lité des cafés camerounais. Enfin, nous intégrons désormais plus fortement la question climatique et la traçabilité. Un verger performant aujourd’hui doit aussi être capable de résister aux évolutions du climat et répondre aux exigences des marchés internationaux. En dehors du Cocoa & Coffee festival, quelles sont les autres initiatives mises en place pour faciliter la com mercialisation du café camerounais dans les différents espaces publics et même à l’international ? Le Festival Cacao & Coffee est une vitrine importante, mais il ne constitue qu’un élément d’un dispositif beaucoup plus large. Notre première priorité est de développer le marché intérieur. Nous devons faire du café camerounais un produit que le consommateur camerou nais identifie, apprécie et consomme davantage. Cela passe par la promotion de la consommation locale, la valorisation des torréfacteurs et transformateurs nationaux, le développement des marques d’origine (terroirs) et la multi plication des occasions de dégustation. Le CICC travaille également à la struc turation de la commercialisation. L’or ganisation des producteurs, leur regrou pement au sein de coopératives et l’amé lioration des circuits commerciaux sont des éléments importants de notre action. Une filière mieux organisée permet no tamment d’améliorer la circulation de l’informa...
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