Subventions énergétiques et flux financiers illicites : au-delà du débat sur le déficit budgétaire
L a délégation du Fonds monétaire in ternational (FMI), conduite par Chris tine Dietrich, a présenté, le 30 sep tembre dernier, les principaux enseigne ments de deux semaines d'échanges avec les autorités camerounaises. À cette oc casion, la cheffe de délégation a notamment relevé un niveau de déficit budgétaire plus élevé que prévu, qu'elle a en partie attribué au coût élevé des subventions des carbu rants à la pompe. Elle a également estimé que ces subventions bénéficieraient da vantage aux riches qu'aux populations pauvres. Cette position reprend une critique clas sique des subventions énergétiques, gé néralement contestées sur deux fronts. D'une part, leur coût pèserait lourdement sur les finances publiques, au détriment des dépenses consacrées à la santé, à l'éducation et à l'investissement. D'autre part, elles profiteraient davantage aux mé nages les plus riches, supposés consommer davantage de carburant et d'énergie que les ménages pauvres. Ces arguments, aussi pertinents soient- ils, méritent toutefois d'être nuancés et confrontés aux réalités propres à chaque économie. Une réforme nécessaire, mais qui doit tenir compte du contexte budgétaire Il est indéniable que les subventions des carburants et du gaz peuvent accentuer les déficits budgétaires lorsque les finances publiques sont déjà sous tension. Toutefois, une étude de la Banque mondiale publiée en 2014 sur la région du Moyen-Orient et de l'Afrique du Nord (MENA) montre que certains pays exportateurs de pétrole ac cordant d'importantes subventions éner gétiques pouvaient simultanément enre gistrer des excédents budgétaires. La dispensation des subventions ne saurait donc être présentée comme source de l'aggravation du déficit budgétaire. Celui- ci résulte principalement du poids élevé des dépenses publiques improductives et d'une mobilisation sous-optimale des re cettes intérieures. Dans les économies du MENA, les subven tions étaient perçues comme un mécanisme de redistribution d'une partie de la rente pétrolière à la population. Elles avaient été introduites dans les années 1970 pour protéger les consommateurs contre les fortes fluctuations des cours internationaux du pétrole brut. En 2014, leur poids attei gnait plus de 5% du PIB en Égypte et plus de 10% du PIB dans certains pays expor tateurs d'hydrocarbures, notamment l'Al gérie. La situation de notre pays est sensiblement différente. Selon l'étude du Minepat publiée dans le Rapport sur l'économie camerou naise en 2025, les subventions aux car burants représentaient environ 1,5% du PIB en 2023, avant de revenir à 0,7% en 2024. Même sous l'hypothèse d'un maintien des prix à la pompe, leur poids est projeté à 0,7% du PIB en 2027. Le Cameroun est loin des niveaux de subvention observés dans plusieurs pays du MENA. Les pauvres ne sont pas nécessairement les grands perdants des subventions L'argument selon lequel les ménages aisés bénéficient davantage des subventions énergétiques repose sur leur consommation plus élevée de carburant et d'énergie. Pris isolément, cet argument est difficilement contestable. Mais il ne suffit pas à mesurer l'incidence réelle des subventions sur les différentes catégories de population. Les ménages pauvres consacrent généralement une proportion beaucoup plus importante de leur revenu aux dépenses essentielles, notamment au transport, à l'énergie et aux biens dont les coûts sont fortement dépendants des prix des carburants. Le Rapport sur l'économie camerounaise en 2025 relève que les ménages camerounais les plus modestes consacrent une part si gnificative de leurs revenus au transport ainsi qu'à des produits provenant de filières fortement dépendantes de l'énergie. Une hausse brutale des prix des carburants ne se limite pas à augmenter directement la facture énergétique des ménages. Elle se transmet à l'ensemble de l'économie à tra vers les coûts de transport, de production, de distribution et, in fine, les prix des biens et services. La suppression ou la ré duction des subventions doit par consé quent être appréciée à l'aune de son inci dence globale sur le pouvoir d'achat et le coût de la vie, et non uniquement de la consommation directe de carburant. La question centrale n'est donc pas de sa voir si les riches bénéficient davantage des subventions en valeur absolue, mais si leur réforme peut être opérée sans ag graver la vulnérabilité des ménages pauvres et des catégories intermédiaires. Les simulations réalisées par le Minepat montrent que les subventions aux carbu rants et au gaz ont un effet négatif sur la croissance. Leur réduction pourrait contri buer à rétablir une trajectoire de croissance plus élevée, à condition que les ressources ainsi dégagées soient réorientées vers des dépenses productives ou à fort ren dement économique et social. C'est là que se situe le véritable enjeu de la réforme. Réduire les subventions ne doit pas avoir pour seul objectif de réaliser des économies budgétaires. Les ressources li bérées devraient être réaffectées vers les secteurs capables d'accroître la productivité et de créer des emplois : agriculture, infra structures, énergie, éducation, santé, pro tection sociale et soutien aux PME. La réforme des subventions énergétiques apparaît ainsi non seulement comme un instrument d'assainissement budgétaire, mais également comme un levier de trans formation structurelle de l'économie. Elle peut contribuer à favoriser une économie créatrice d'emplois et davantage soutenue par un secteur agricole dynamique, com pétitif et créateur de valeur. Il serait réducteur d'attribuer la dégradation du déficit budgétaire au seul coût des subventions énergétiques. La question renvoie plus largement à la capacité de l'État à maîtriser ses dépenses, améliorer leur efficacité et mobiliser davantage de recettes publiques. Sur ce dernier point, le FMI pourrait jouer un rôle déterminant en accompagnant le Cameroun dans l'élargissement de son es pace fiscal, notamment à travers une lutte plus efficace contre les flux financiers illi cites (FFI). Le secteur pétrolier constitue à cet égard un domaine prioritaire. Il concentre des enjeux financiers considérables et présente plusieurs facteurs de vulnérabilité. Par exemple, les activités de négoce pétrolier présentent des risques importants en ma tière de corruption, de transparence et de FFI. Selon l'OCDE, sur quelque 1200 mil liards de dollars de ventes annuelles de pétrole et de gaz, seule une fraction des revenus revient en moyenne aux trésors publics des pays producteurs. Cette situa tion conduit à considérer les FFI non seu lement comme une question de lutte contre la criminalité financière, mais surtout comme un enjeu majeur de mobilisation des ressources publiques et d'élargissement de l'espace budgétaire. Le commerce du pétrole se situe à l'inter section de plusieurs acteurs : État produc teur, compagnie pétrolière nationale, com pagnies internationales, sociétés de négo...
Cet article complet est réservé aux abonnés
Déjà abonné ? Identifiez-vous >
Accédez en illimité à Cameroon Tribune Digital à partir de 26250 FCFA
Je M'abonne1 minute suffit pour vous abonner à Cameroon Tribune Digital !
- Votre numéro spécial cameroon-tribune en version numérique
- Des encarts
- Des appels d'offres exclusives
- D'avant-première (accès 24h avant la publication)
- Des éditions consultables sur tous supports (smartphone, tablettes, PC)



Commentaires