De l’Université-État à l’Université-Entreprise : vingt ans de pilotage présidentiel
De 2006 à 2023, une série d’actes majeurs impulsés par le Chef de l’État, Son Excellence Paul Biya, ont d’abord annoncé, puis définitivement consacré, la nouvelle mission dévolue à l’université camerounaise. Loin d’être une rupture soudaine ou une improvisation dictée par l’urgence, l’avènement de l’Université- Entreprise est l’aboutissement magistral d’une vision patiemment conçue et méthodiquement conduite au sommet de l’État.
L’ histoire économique des nations nous enseigne que le dévelop pement repose, presque partout dans le monde, sur la synchroni sation de trois moteurs de propulsion fon damentaux. Le premier est l’État, le grand architecte qui fixe les règles, régule, pacifie et trace le chemin. Le deuxième est l’Uni versité, le creuset intellectuel qui forme le capital humain et produit les connaissances nécessaires au progrès. Le troisième, enfin, est l’Entreprise, la force productive qui transforme ces connaissances en richesses tangibles, en innovations et en emplois. C'est cette économie des savoirs qui boucle le cycle, en dotant l'État de la puissance fi nancière nécessaire pour soutenir l'Univer sité. Quand ces trois moteurs atteignent leur maturité et fonctionnent en synergie, un pays avance avec assurance vers la prospérité. Quand l’un d’eux manque à l’ap pel ou demeure atrophié, la marche de la nation s’en trouve inévitablement ralentie. Au lendemain des indépendances en 1960, le Cameroun ne disposait que d’un seul de ces moteurs, et celui-ci était encore à l’état embryonnaire. Tout était à inventer, tout était à bâtir : les institutions républicaines, l’administration publique, l’ossature terri toriale et la présence souveraine de l’État sur l’ensemble du triangle national. Nous n’avions pas d’université digne de ce nom pour former nos élites. Nous n’avions presque pas d’entreprises véritablement camerou naises pour soutenir notre économie. On répète volontiers que le Cameroun par tait, en 1960, du même niveau que les fu turs nouveaux pays industrialisés d’Asie. C’est confondre le niveau de vie et la ma turité des moteurs. Le revenu par habitant était sans doute comparable ; mais lorsque ces pays ont lancé leur industrialisation, leur État était déjà solide et leur université déjà bien établie. Ils n’avaient plus qu’un moteur à bâtir ; il nous en fallait trois. L’âge de l’Université-État : bâtir la Nation Face au vertige institutionnel de 1960, la priorité était d’une clarté absolue : il fallait asseoir et renforcer l’État. Pour cela, le pays avait un besoin vital de Camerounais hautement qualifiés : administrateurs civils, enseignants, médecins, magistrats, ingé nieurs, officiers. L’État a donc créé l’uni versité et, en retour, l’université s’est dé vouée à la formation des cadres de l’État. Les deux institutions ont grandi et mûri ensemble, l’une bâtissant l’autre. Cette pé riode fondatrice mérite, rétrospectivement, un nom : l’âge de l’Université-État. Aujourd’hui, l’objectif de cette première phase est largement atteint. L’État est so lidement implanté sur tout le territoire na tional, fort de ses dix régions, de ses cin quante-huit départements et de ses trois cent soixante arrondissements. Surtout, il forme lui-même ses hauts commis, à l’ENAM, à l’EMIA, dans les écoles normales supérieurs, dans nos prestigieuses d’ingénieurs et nos facultés de médecine. Il n’a plus besoin d’importer les ressources humaines néces saires à son fonctionnement régalien. L’université camerounaise, quant à elle, a spectaculairement changé d’échelle. En 1962, notre première institution universi taire ouvrait ses portes avec 539 étudiants encadrés par 22 enseignants, en très grande majorité des coopérants étrangers. En 1993, sous l’impulsion du Président Paul Biya, une réforme historique actait la décentra lisation universitaire en créant six univer sités d’État pour quelque 45 000 étudiants. Aujourd’hui, le paysage est transfiguré. Le Cameroun compte onze universités d’État, assurant une présence académique dans chaque région, les récentes créations de Bertoua, Ebolowa et Garoua venant para chever ce maillage. Ce sont une centaine d’établissements publics répartis dans plus d’une trentaine de localités, côtoyant plus de 600 établissements privés implantés dans toutes les régions. Près de 500 000 étudiants y sont guidés par plus de 9 000 enseignants, désormais en écrasante ma jorité des camerounais. Surtout, l’offre de formation couvre l’ensemble des champs du savoir, de la licence au doctorat. Un pays qui forme ses propres docteurs dans toutes les disciplines ne se contente plus de consommer le savoir importé : il en pro duit. Hier, nos enseignants venaient d’ail leurs ; aujourd’hui, ce sont nos propres en fants qui forment nos enfants. L’œuvre humaine n’est jamais achevée, et ces deux moteurs continueront d’être ré parés et agrandis. Mais ils sont bâtis, et ils tournent. 2006 : le diagnostic présidentiel C’est à ce point précis d’inflexion historique que le Chef de l’État a posé un diagnostic d’une lucidité implacable, dans son message à la jeunesse du 10 février 2006 : « L’Uni versité d’aujourd’hui ne peut plus être la même qu’il y a 40 ans […] Vos aînés étaient animés par la volonté de construire un État et de former une Nation. Votre tâche ne sera pas moins noble puisqu’il vous reviendra de poursuivre la modernisation de notre pays afin qu’il puisse sortir du sous-déve loppement. » Toute l’architecture de la pensée présiden tielle réside dans cette formulation. Les deux âges de l’université y sont identifiés, l’hommage légitime aux pionniers y est rendu, et la nouvelle feuille de route y est solennellement confiée : il ne s’agit plus seulement de faire fonctionner l’État, mais de propulser la modernisation économique du pays. Et cette mission nouvelle n’est confiée ni à une bureaucratie lointaine, ni à des experts étrangers, mais à la jeunesse camerounaise elle-même. Il faut le proclamer avec force, à l’encontre des discours défaitistes : ce n’est pas l’uni versité camerounaise qui a échoué. C’est au contraire l’éclat de sa réussite qui l’oblige aujourd’hui à se réinventer. Elle a rempli sa part du contrat social en formant les ba taillons de cadres dont l’État avait besoin. Mais avec près d’un demi-million d’étudiants, la fonction publique ne peut plus absorber tous les diplômés. Le chômage des jeunes diplômés n’est donc pas le procès de l’uni versité ; il est le portrait d’une économie où le troisième moteur, l’entreprise moderne, n’a pas encore atteint sa pleine puissance. Dans un tel contexte d'économie dominée par l'informel, l'inadéquation entre l'uni versité et le marché du travail n'est pas uniquement une défaillance académique ou pédagogique : c'est une inadéquation fondamentalement structurelle. 2007 et 2008 : la préparation et le cap Le mouvement s’est poursuivi avec la mé thode qui caractérise l’action du Président de la République. En février 2007, il signalait « l’importance de la mutation qui s’y prépare, à travers la nouvelle gouvernance univer sitaire ». Avant de changer la mission de l’université, il fallait en effet moderniser sa gouvernance. En février 2008, le cap était fixé : « Notre université a entamé sa grande mutation […] L’objectif est qu’à chaque étudiant puisse correspondre un emploi. » Cet impératif désigne, en creux, le moteur manquant. Car pour qu’à chaque étudiant corresponde un emploi, la capacité d’absorption de l’État ne suffit plus. Il faut convoquer l’entreprise. Le troisième moteur : un tissu productif à consolider Entendons-nous sur les mots. L’entreprise dont il est ici question, c’est l’entreprise moderne, fer de lance de notre Stratégie nationale de développement (SND30). C’est celle qui génère de la valeur ajoutée, offre des emplois décents et durables, pourvoit l’État en ressources fiscales et porte la compétitivité du label « Cameroun » sur les marchés internationaux. C’est l’industrie qui transforme localement notre cacao en chocolat, notre café en produits finis et notre bois en meubles de valeur, au lieu de condamner notre pays à n’être qu’un comp toir d’exportation de matières premières brutes. Une nuance historique s’impose : constater que ce moteur est encore en rodage n’est pas un aveu d’échec, mais la description objective d’une étape. Aucune puissance économique n’a bâti ses trois moteurs si multanément. Il y a un ordre, et cet ordre n’est pas un choix idéologique : c’est une nécessité. L’entreprise moderne ne naît pas par génération spontanée dans un vide infrastructurel. Elle exige au préalable un État fort, qui garantit la sécurité juridique et déploie les infrastructures (routes, ports, chemins de fer, barrages hydroélectriques), et une université qui forge le capital hu main. L’Institut National de la Statistique (INS) est d’ailleurs formel : sur cent emplois dans notre pays, 87 relèvent encore du secteur informel, environ huit du secteur public et à peine cinq des entreprises modernes. Sur près de 430 000 unités de production recensées, moins de 15 % sont formelles. Posons une question simple : dans chacun de nos trois cent soixante arrondissements, combien d’entreprises modernes emploient plus de cent salariés ? Pour beaucoup d’entre eux, la réponse est : aucune. L’État y demeure le plus gros, voire l’unique pour voyeur d’emplois salariés formels. Il y a là une réalité structurelle qu'il faut avoir le courage d'affronter : une économie majori tairement informelle, par nature en marge de l'économie des savoirs, prive mécani quement l'État de l'assiette fiscale indis pensable pour financer, de manière optimale, les services sociaux et une université de masse. L'équation est implacable : plus un pays s'insère dans l'économie des savoirs en modernisant son tissu productif, plus il génère les moyens de financer son système universitaire. Pourtant, au cœur de cette vaste économie informelle se cache une formidable pro messe. Chaque call-box, chaque atelier de soudure, chaque échoppe est la preuve d’un risque assumé et d’une ingéniosité farouche : près de neuf créateurs sur dix ont démarré sur leurs fonds propres. L’in formel n’est pas la maladie de notre éco nomie, il en est l’antichambre bouillonnante. C’est le point de départ de notre future économie moderne. Sa taille donne la me sure du chantier : c’est presque toute l’éco nomie moderne du Cameroun qui est devant nous. Et plus le chantier est grand, plus il y a de place pour ceux qui veulent bâtir. Un secteur privé moderne et souverain émerge d’ailleurs sous nos yeux : banques à capitaux nationaux, assurances, champions de l’agro-industrie, leaders du BTP et pionniers de l’économie numérique. Ces entreprises sont encore trop peu nom breuses, et trop inégalement réparties sur le territoire, pour employer tous nos diplô més. Mais elles prouvent que la réussite est possible, et elles sont dirigées par des Camerounais formés, pour l’écrasante ma jorité, sur les bancs de nos universités. Le troisième moteur n’est donc pas une utopie : il est en marche. Il reste à le démultiplier. 2023 : la consécration par la loi La loi n° 2023/007 du 25 juillet 2023 por tant orientation de l’enseignement supérieur vient couronner ce que près de vingt années de parole et d’action présidentielles avaient minutieusement préparé. Ce texte fonda mental consacre le concept d’« Université- Entreprise » et institue le statut d’étu diant-entrepreneur. Annoncée en 2006,...
Cet article complet est réservé aux abonnés
Déjà abonné ? Identifiez-vous >
Accédez en illimité à Cameroon Tribune Digital à partir de 26250 FCFA
Je M'abonne1 minute suffit pour vous abonner à Cameroon Tribune Digital !
- Votre numéro spécial cameroon-tribune en version numérique
- Des encarts
- Des appels d'offres exclusives
- D'avant-première (accès 24h avant la publication)
- Des éditions consultables sur tous supports (smartphone, tablettes, PC)



Commentaires