« Il faut lutter avec des moyens techniques »

Me Charles Nguini, avocat au barreau du Cameroun, ancien président de la section camerounaise de Transparency International.

La commission nationale anti- corruption a publié la semaine dernière, le Rapport annuel sur l'état de la lutte contre ce fléau au Cameroun en 2025. Dans cette présentation, il s'avère que l’Etat a perdu plus de 6,271 milliards de F, soit plus de 2 milliards de F par rapport à 2024. Êtes-vous surpris par cette perte ? Non, je ne suis pas du tout surpris par ce chiffre, ou par l’ampleur du phénomène. 6, 271 milliards de F ne représentent que moins d’1% du budget national. Ce chiffre signifie au moins que la mesure est de plus en plus fiable et que la Conac intègre mieux les pertes fiscales, les mar­ chés publics fictifs, les détourne­ ments dans les établissements et entreprises publics, et aussi les frais illicites payés par les usagers. Bien plus, l’augmentation de 2 milliards de F par rapport à 2024 ne signifie pas simplement une hausse de la corruption, mais aussi une hausse de sa perception et de sa visibilité. Le volume d’argent qui circule a augmenté, les marchés d’infrastruc­ tures ont grossi. Donc, le marché de la corruption grossit mécanique­ ment. Qu'est-ce qui, selon vous, ex­ plique l'aggravation de ce fléau, malgré les campagnes de sen­ sibilisation et d'éducation que multiplient les institutions dé­ diées à sa lutte ? On ne soigne pas simplement la corruption avec de la sensibilisation alors que la maladie est structurelle. D’abord, parce que la corruption est devenue rationnelle. Quand un jeune fonctionnaire touche un salaire de 150.000 F et doit payer un loyer de 200.000 F à Yaoundé, la corrup­ tion devient un calcul économique, et non un manque d’éducation mo­ rale. Deuxième motif, le risque en la matière est nul. Il existe beaucoup de dénonciation, mais très peu de sanctions. La Conac dénonce, le Contrôle supérieur de l’Etat sanc­ tionne, le Tribunal criminel spécial (TCS) juge quelques cas embléma­ tiques. Or, au quotidien, il subsiste plus de 90% des actes de corruption qui �n’ont aucune suite judiciaire ou disciplinaire. On a créé une véritable économie de l’impunité. Enfin, �nous avons dématérialisé les discours mais pas suffisamment les procé­ dures. On fait des campagnes radio, télé tandis que le permis de construire, l’admission aux grandes écoles, le dédouanement d’un conte­ neur au port se font encore en face à face, avec un agent qui a un pou­ voir discrétionnaire total. Tant que le triptyque contact humain- pouvoir discrétionnaire- absence de traça­ bilité fonctionnera, il y aura corrup­ tion. Dans ce Rapport comme dans ceux précédents, plusieurs ad­ ministrations publiques sont ré­ gulièrement citées parmi les plus corrompues, d'autres en sont sorties, d'autres encore ont intégré cette liste sombre. Quelle analyse en faites-vous ? C’est la preuve qu’il s’agit d’une question de rente, pas simplement une question de « bonnes » ou « mauvaises » administrations. Exa­ minez la liste de la Conac d...

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