« L’enjeu est d’en faire une norme continentale partagée »
- Par Aïcha NSANGOU N.
- 26 Jun 2026 09:05
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Gatsi Tazo, maître de conférences, spécialiste en Droit communautaire et de l'intégration, et enseignant à l’Université de Buea.
Certains pays africains ont décidé d’ouvrir leurs frontières aux ressortissants du continent. Que valent ces mesures dans un environnement où la majorité des Etats ne suit pas encore le mouvement ? Ces mesures méritent d'être saluées, car elles démontrent qu'une politique de libre circulation continentale n'est pas une utopie, mais une option juridiquement et techniquement réalisable dès qu'existe une volonté politique claire. Sur les 54 Etats du continent, seuls le Bénin, la Gambie, le Rwanda, les Seychelles, le Ghana et, plus récemment, le Togo ont totalement supprimé l'obligation de visa pour tous les Africains. Le Kenya a, pour sa part, considérablement assoupli ses conditions d'entrée, tandis que le Congo-Brazzaville a annoncé une mesure similaire pour le 1er janvier 2027. Ces initiatives s'inscrivent dans une dynamique portée par l'Union africaine et trouvent un écho direct dans les objectifs de la Zone de libre-échange continentale africaine, dont la réussite suppose, à terme, une circulation aisée des personnes, des biens et des capitaux. Sur le plan pratique, elles ont déjà produit des effets mesurables en matière de tourisme, d'investissement et d'échanges commerciaux intra-africains. Toutefois, leur portée demeure structurellement limitée tant qu'elles restent isolées et non réciproques. L'enjeu est donc de transformer ces gestes unilatéraux, certes courageux, en une norme continentale partagée, faute de quoi l'intégration africaine restera fragmentaire et inégalement répartie entre les Etats qui osent et ceux qui attendent. Qu’est-ce qui explique la réticence à suivre cette voie ? Cette réticence procède de la conjonction de plusieurs facteurs qu'il convient de ne pas réduire à un simple manque de volonté politique. Le premier est sécuritaire, dans un contexte continental marqué par la persistance de foyers de terrorisme, de conflits armés internes et de flux migratoires irréguliers. Le deuxième facteur relève de la souveraineté : le contrôle des frontières demeure, dans l'imaginaire étatique post-colonial, un attribut central et difficilement négociable de la souveraineté nationale, que les dirigeants hésitent à partager sans garanties solides de réciprocité. Le troisième facteur est d'ordre économique et social : la crainte, souvent instrumentalisée par les discours politiques internes, d'une pression supplémentaire sur le marché de l'emploi local, explique une partie des résistances populaires et institutionnelles. S'y ajoutent des considérations plus matérielles, telles que les recettes que certains Etats tirent de la délivrance des visas, ainsi que la faiblesse persistante des capacités administratives et technologiques de contrôle aux frontières qui rend une ouverture rapide difficilement gérable. Comment amener les autres pays à ouvrir également leurs frontières dans le but de booster l’intégration africaine et la Zone de libre-échange continentale africaine ? La solution réside da...
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