« On est au-delà d’une simple polémique commerciale »
- Par Inès KOUNA NOMO
- 04 Aug 2026 04:15
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Yannick Ndegue, consultant en marketing et gouvernance sportive, Directeur de publication de Sport Business Insights.
La FIFA a dû renoncer à l’ouver- ture à des investisseurs étran- gers face à une fronde généra- lisée. Pourquoi ce projet a-t-il suscité autant de critiques ? À mon avis, ce rejet s'explique par trois raisons principales. D'abord, sur le plan institutionnel, la méthode a posé problème. Un projet de cette importance a été présenté sans vé- ritable concertation avec les asso- ciations membres, les confédérations ou même le Conseil de la FIFA. Le calendrier, très serré, a donné le sentiment que la décision était déjà prise. Ensuite, il y a un enjeu politique et sportif. Certaines confédérations, au premier rang desquelles l'UEFA, ont redouté une remise en cause de leur monopole ou leur autonomie. Leur inquiétude était que des in- vestisseurs privés puissent, à terme, influencer les grandes décisions re- latives aux compétitions, au calen- drier international ou à la gouver- nance du football, avec une logique plus financière que sportive. Enfin, il existe une dimension géopolitique. Le fait que le fonds Thrive Eternal, investisseur pressenti, soit dirigé par Joshua Kushner, dont la famille est très proche de Donald Trump, a nourri les suspicions dans un contexte où Gianni Infantino affiche une proximité assumée avec les au- torités américaines. Ce qui a renforcé l'idée d'une FIFA de plus en plus perméable à des influences extra- sportives. Cette opposition des Confédé- rations traduit-elle un change- ment des rapports de force ? Ce n'est pas la première fois qu'un projet d'investissement privé porté par Gianni Infantino se heurte à une opposition institutionnelle. En 2019 déjà, un comité de parties prenantes de la FIFA avait rejeté un plan simi- laire visant à lever 25 milliards de dollars auprès d'investisseurs privés. La nouveauté, cette fois, tient à l'échelle et à la forme de la riposte : ce ne sont plus des comités tech- niques qui freinent le projet, mais des confédérations, avec la menace publique d'un boycott. Le timing s'explique aussi par le contexte. Le projet arrive quelques jours seulement après la clôture d'un Mondial 2026 aux avis partagés : premier tournoi à 48 équipes et à trois pays hôtes, un succès com- mercial sans précédent, mais critiqué pour l'allongement du calendrier, la fatigue liée aux déplacements et une commercialisation jugée enva- hissante. L'autorité d'Infantino sur le plan sportif est donc déjà ques- tionnée au moment où il propose une réforme financière d'ampleur. S'y ajoute l'agenda électoral : l'élec- tion présidentielle de la FIFA est prévue en mars 2027 et Infantino reste pour l'instant le seul candidat déclaré. Lancer ce projet dans cette fenêtre a été perçu comme une ten- tative de verrouiller son bilan avant l'échéance. On est donc bien au- delà d'une simple polémique com- merciale : c'est l'autorité et la mé- thode de gouvernance du président de la FIFA qui sont mises en cause, à tort ou à raison, calculé ou de bonne foi. Comment comprendre l’attitude prudente de l’Afrique sur ce dossier ? La CAF a adopté une posture stra- tégique, vu le poids symbolique de sa représentation (54 associations), face à l’influence doublée du nombre important de l’UEFA (55 associations) qui avait déjà exercé une pression sur la FIFA avec cette intention de boycott. Contrairement à l'UEFA, qui dispose de ressources importantes grâce à ses propres compétitions, la CAF représente des fédérations dont beaucoup dépendent des fi- nancements de la FIFA. Dans ce contexte, il était difficile de rejeter immédiatement un projet qui pro- mettait des moyens financiers sup- plémentaires pour le développement du football. La plus-value pour les petites fédérations est réelle : pour des associations comme celle du Cameroun, qui tire déjà près de 70 % de ses revenus des programmes FIFA, un tel afflux de financement représente un levier réel pour les infrastructures, les centres tech- niques et le fonctionnement quoti- dien. Des besoins que le sponsoring privé local, souvent quasi inexistant, ne couvre pas. La véritable consé- quence pour l'Afrique est ailleurs. Tant que sa dépendance financière perdurera, le continent sera régu- li&egr...
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