« La CAF cherche à sa préserver sa légitimité »

Yannick Ndegue, consultant en marketing sportif.

Avant même de l’avoir appliqué, la CAF effectue un retour à la case départ avec la CAN avec une nou­ velle périodicité biennale. La CAF pouvait-elle faire autrement ? Le passage à une périodicité quadrien­ nale répondait à des problématiques structurelles réelles. Notamment le mo­ dèle économique de la CAN, dont l'or­ ganisation tous les deux ans représente un investissement considérable. Depuis le passage à 24 équipes, les exigences en matière d'infrastructures, de stades, d'hébergement, de transport et de sé­ curité ont considérablement augmenté. Il y avait aussi les difficultés récurrentes liées à la capacité des pays hôtes à respecter les calendriers de livraison des infrastructures, dans un contexte où la CAF reste largement dépendante des engagements et des rythmes d'exé­ cution des États. À cela s'ajoutaient les contraintes du calendrier international de la FIFA, les intérêts des clubs em­ ployeurs et le projet d'introduction d'une Ligue des nations africaine. Le passage à quatre ans pouvait donc être envisagé comme une tentative de rationalisation du calendrier et de transformation du modèle économique des compétitions africaines. Le retour à deux ans relève donc d'un choix politique et stratégique, et pas uniquement d'une contrainte ex­ térieure. Qu'est-ce qui peut expliquer ce ré­ tropédalage ? Il faut replacer ce changement dans un contexte à la fois institutionnel, politique et électoral. Le passage à quatre ans avait suscité de l’incompréhension dans une partie de l'opinion africaine et in­ ternationale. Il avait notamment alimenté les accusations selon lesquelles la FIFA, à travers Gianni Infantino, imposerait ses orientations à la CAF. Il faut égale­ ment prendre en compte le contexte électoral à la FIFA. La CAF ayant apporté son soutien à Gianni Infantino, chaque décision peut être interprétée à travers le prisme des rapports de force du foot­ ball mondial. Dans ce contexte, le retour à deux ans peut être lu comme un signal politique : celui d'une CAF qui veut montrer qu'elle reste à l'écoute de ses membres et de l'opinion africaine, et qu'elle conserve sa capacité à décider souverainement des questions straté­ giques concernant son football. Il existe aussi une explication économique. La Ligue des nations africaine devait pren­ dre le relais de la CAN comme rendez- vous régulier des sélections, mais sa mise en œuvre et sa capacité à générer les revenus nécessitaient du temps. Pour moi, ce revirement résulte de la combinaison de deux réalités : la diffi­ culté à construire rapidement un modèle économique alternatif crédible et la né­ cessité de répondre à une contestation devenue politique et institutionnelle. Avez-vous l'impression que la CAF sauve quelque chose ? Si oui, quoi ? On peut considérer que la CAF essaie de sauver quelque chose, et cela dé­ passe la simple périodicité de sa com­ pétition phare. Elle tente d'abord de préserver son identité institutionnelle. La CAN est bien plus qu'un tournoi de football. C'est un rendez-vous qui struc­ ture la vie sportive du continent et constitue l'un des principaux actifs com­ merciaux du football africain. Elle cherche également à préserver la perception que l'opinion africaine se fait de sa gouvernance. Revenir sur cette décision permet donc à la CAF de réaffirmer son autonomie. Il y a toutefois une ambiguïté politique qu'il serait difficile d'ignorer. Dans le contexte du soutien de la CAF à Gianni Infantino pour la prochaine élection à la FIFA, certains pourraient être tentés de voir dans ce changement de périodicité une forme de transaction politique : un soutien institutionnel d'un côté, une concession sur l'organisation de la CAN de l'autre. Je ne présenterais pas cette lecture comme un fait établi. La CAF affirme que sa décision répond à la volonté de ses 54 associations membres. Mais le contexte nourrit na­ turellement ces interrogations. Est-on désormais à l'abri d'une au­ tre décision comme celle-là dans les années à venir ? Il serait imprudent de considérer que ...

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