« La CAF cherche à sa préserver sa légitimité »
- Par Priscille Moadougou
- 04 Nov 2026 08:15
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Yannick Ndegue, consultant en marketing sportif.
Avant même de l’avoir appliqué, la CAF effectue un retour à la case départ avec la CAN avec une nou velle périodicité biennale. La CAF pouvait-elle faire autrement ? Le passage à une périodicité quadrien nale répondait à des problématiques structurelles réelles. Notamment le mo dèle économique de la CAN, dont l'or ganisation tous les deux ans représente un investissement considérable. Depuis le passage à 24 équipes, les exigences en matière d'infrastructures, de stades, d'hébergement, de transport et de sé curité ont considérablement augmenté. Il y avait aussi les difficultés récurrentes liées à la capacité des pays hôtes à respecter les calendriers de livraison des infrastructures, dans un contexte où la CAF reste largement dépendante des engagements et des rythmes d'exé cution des États. À cela s'ajoutaient les contraintes du calendrier international de la FIFA, les intérêts des clubs em ployeurs et le projet d'introduction d'une Ligue des nations africaine. Le passage à quatre ans pouvait donc être envisagé comme une tentative de rationalisation du calendrier et de transformation du modèle économique des compétitions africaines. Le retour à deux ans relève donc d'un choix politique et stratégique, et pas uniquement d'une contrainte ex térieure. Qu'est-ce qui peut expliquer ce ré tropédalage ? Il faut replacer ce changement dans un contexte à la fois institutionnel, politique et électoral. Le passage à quatre ans avait suscité de l’incompréhension dans une partie de l'opinion africaine et in ternationale. Il avait notamment alimenté les accusations selon lesquelles la FIFA, à travers Gianni Infantino, imposerait ses orientations à la CAF. Il faut égale ment prendre en compte le contexte électoral à la FIFA. La CAF ayant apporté son soutien à Gianni Infantino, chaque décision peut être interprétée à travers le prisme des rapports de force du foot ball mondial. Dans ce contexte, le retour à deux ans peut être lu comme un signal politique : celui d'une CAF qui veut montrer qu'elle reste à l'écoute de ses membres et de l'opinion africaine, et qu'elle conserve sa capacité à décider souverainement des questions straté giques concernant son football. Il existe aussi une explication économique. La Ligue des nations africaine devait pren dre le relais de la CAN comme rendez- vous régulier des sélections, mais sa mise en œuvre et sa capacité à générer les revenus nécessitaient du temps. Pour moi, ce revirement résulte de la combinaison de deux réalités : la diffi culté à construire rapidement un modèle économique alternatif crédible et la né cessité de répondre à une contestation devenue politique et institutionnelle. Avez-vous l'impression que la CAF sauve quelque chose ? Si oui, quoi ? On peut considérer que la CAF essaie de sauver quelque chose, et cela dé passe la simple périodicité de sa com pétition phare. Elle tente d'abord de préserver son identité institutionnelle. La CAN est bien plus qu'un tournoi de football. C'est un rendez-vous qui struc ture la vie sportive du continent et constitue l'un des principaux actifs com merciaux du football africain. Elle cherche également à préserver la perception que l'opinion africaine se fait de sa gouvernance. Revenir sur cette décision permet donc à la CAF de réaffirmer son autonomie. Il y a toutefois une ambiguïté politique qu'il serait difficile d'ignorer. Dans le contexte du soutien de la CAF à Gianni Infantino pour la prochaine élection à la FIFA, certains pourraient être tentés de voir dans ce changement de périodicité une forme de transaction politique : un soutien institutionnel d'un côté, une concession sur l'organisation de la CAN de l'autre. Je ne présenterais pas cette lecture comme un fait établi. La CAF affirme que sa décision répond à la volonté de ses 54 associations membres. Mais le contexte nourrit na turellement ces interrogations. Est-on désormais à l'abri d'une au tre décision comme celle-là dans les années à venir ? Il serait imprudent de considérer que ...
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